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La mort lente d’un peuple.

 



 


L’Haïtien, ce citoyen simple et ordinaire, est parfois devenu plus meurtrier que le bandit lui-même.

Et c’est peut-être là que se trouve notre tragédie la plus profonde : lorsque la violence ne demeure plus entre les mains de quelques criminels, mais qu’elle finit par pénétrer les consciences, les comportements et les silences de tout un peuple.

Le bandit tue avec une arme.

Mais une société peut tuer par son indifférence, par son silence, par sa haine, par son mépris de la vie humaine.

Le droit n’est plus de mise. La justice semble avoir déserté les rues. La conscience collective s’effrite.

Nous avons commencé à nous habituer à l’inacceptable. Une mort devient une nouvelle parmi tant d’autres. Une injustice devient une banalité. Une souffrance devient le quotidien de quelqu’un d’autre.

Et lorsque l’horreur devient ordinaire, c’est notre sensibilité qui meurt avant même que nos corps ne tombent.

Notre humanité s’est perdue quelque part entre la peur de mourir et l’habitude de voir mourir les autres.

La liberté de vivre, de respirer, de choisir, de marcher sans peur, d’aimer, de rêver et simplement d’exister nous a été peu à peu arrachée.

Peut-on encore appeler cela vivre lorsque chaque lendemain ressemble à une négociation avec la mort ?


Nous ne sommes pas seulement privés de sécurité. Nous sommes privés de cette chose fondamentale qui donne un sens à l’existence : la possibilité de croire que demain nous appartient.

Et peut-être que le véritable drame d’Haïti n’est pas seulement la violence des armes, mais la violence devenue intérieure. Celle qui nous apprend à ne plus nous étonner. Celle qui transforme la peur en habitude et l’indignation en silence.

Un peuple commence à mourir bien avant que ses villes ne soient détruites. Il commence à mourir lorsque ses enfants cessent de croire en leur avenir.

Lorsque partir devient le rêve des jeunes, lorsque rester devient un acte de courage, lorsque vivre devient une chance et mourir une statistique, il faut avoir le courage de se demander : qu’avons-nous fait de notre humanité ?

Nous avons peut-être construit des maisons, des églises, des institutions et des frontières. Mais si nous avons perdu le respect de la vie, que reste-t-il réellement de notre civilisation ?

Car la grandeur d’un peuple ne se mesure ni à ses discours, ni à ses monuments, ni à ses richesses. Elle se mesure à la valeur qu’il accorde à la vie de l’autre, même lorsque cet autre ne peut rien lui offrir en retour.

L’Haïtien ne devrait pas avoir à choisir entre fuir et mourir, entre se taire et souffrir, entre survivre et perdre son âme.

Il est temps de retrouver ce que nous avons laissé derrière nous : la compassion, la conscience, la dignité, la justice et surtout cette capacité de regarder la souffrance de l’autre et de dire encore : « Cela me concerne. »

Parce qu’un jour, peut-être, nous comprendrons que la véritable liberté ne consiste pas seulement à pouvoir marcher dans la rue.

La véritable liberté, c’est de pouvoir vivre sans avoir peur de vivre.

Et si nous voulons sauver Haïti, il faudra peut-être commencer par sauver ce qu’il reste de l’humain en nous.





Septembre 2026

@LeFilsDuVerbeAimer

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